Le rapport sur le piratage remis à Albanel, détruit sur le Web

Crack boom huh ! 156
Les cabinets de conseil Equancy et Tera Consultants remettent aujourd’hui leur fameuse étude au cabinet de la ministre de la Culture, Christine Albanel sur l’Impact économique de la copie illégale des biens numérisés en France.

Un document qui tombe miraculeusement bien puisque la CNIL avait justement reproché au ministère de la Culture de n’invoquer que de maigres motifs, tirés de la constatation « d'une baisse du chiffre d'affaires des industries culturelles. À cet égard, [La CNIL] déplore que le projet de loi ne soit pas accompagné d'une étude qui démontre clairement que les échanges de fichiers via les réseaux « pair-à-pair» sont le facteur déterminant d'une baisse des ventes dans un secteur qui, par ailleurs, est en pleine mutation du fait notamment, du développement de nouveaux modes de distribution des œuvres de l'esprit au format numérique ». Armée de ce rapport, la ministre pourra ainsi déminer les critiques fondées sur l’avis de la CNIL lorsqu’elle ira présenter son texte à l’Assemblée Nationale.

A coups de tableaux, on se souvient que le rapport estime que le piratage a coûté en 2007 plus d'un milliard d’euros à l’industrie du disque du cinéma et à celle de la télévision. Autre conséquence : « « L'empreinte » économique en France de la copie illégale peut être estimée à une perte de 10 000 emplois » (directs et indirects). Le cabinet d’étude nous avait expliqué qu’il avait utilisé les chiffres disponibles… faute de temps et de moyens. L’étude a été réalisée en novembre et comme nous l’indiquions s’est contentée de récupérer les données fournies en présence, et surtout celles de l’industrie.

Pour un avis dissonant sur le contenu de ce rapport, on pourra lire un long billet publié par Fabrice Epelboin sur ReadWriteWeb et par exemple le camembert dessiné par son auteur retraçant la part des sources du rapport.

source dossier piratage equancy albanel

Le même billet dresse la liste de plusieurs défauts et spécialement l’oubli des recettes apportées par les nouvelles technologies. « Sonneries téléphoniques ? Un business florissant qui se compte en centaines de millions… Oublié. Taxes sur les CD vierges et les disques durs ? Oubliées. Augmentation des revenus du spectacle vivant ? Oublié. Part de marché sans cesse grandissante du jeu vidéo dans le budget culture des Français ? Oubliée. Chiffre d’affaires des réseaux sociaux en ligne orientés musique, tel que MySpace ? Oublié. Radios en ligne ? Oubliées. Auto-production d’un nombre grandissant d’artistes qui décident de voler de leurs propres ailes ? Oublié. Nouveaux réseaux de distribution alternatifs ? Oubliés. Et enfin, l’explosion du marché de l’occasion C2C sur le segment des produits culturels ? Oublié ». La liste n’est bien entendu pas exhaustive.

L’auteur constate que les liaisons mécaniques entre piratage et chômage ne sont pas toujours aussi tranchées qu’on voudrait le croire. « Regardez où en sont les Suédois, ce peuple de dégénérés, massivement connectés, qui abritent la Mecque des pirates et dont le taux de chômage est affolant (enfin, presque) » égratigne-t-il dans un style incisif.

Il fournit bien  entendu des études soutenant l’exact contraire de ce rapport qui dès son introduction  affirme que l'impact économique en France avait été « peu étudié ». Une affirmation qui oublie une ribambelle de travaux (des kilomètres de références sont accessibles depuis le billet) dont ceux de Patrick Waelbroeck maitre de conférences à l’ENST (où travaille Laurent Benzoni, le fondateur de Tera Consultants, auteur du rapport) qui titrait par exemple dans un billet publié dès la DADVSI, « Malgré l’eau du robinet, les marchands d’eau en bouteille gagnent de l’argent ».
Par Marc Rees Publiée le 19/11/2008 à 15:17