Vista Capable : Microsoft a oeuvré en faveur d'Intel

Une communication interne édifiante 159
vista capable logoL’histoire du logo Vista Capable est une route parsemée d’embûches, de frustrations et de plaintes contre Microsoft. Dans le procès qui se déroule aux États-Unis, des documents ont été révélés et prouvent que la firme de Redmond a bien changé les requis techniques de Vista pour faire plaisir à au moins un partenaire : Intel.

Ce que l’on ignorait toutefois jusqu’à présent était la complexité et la proportion de l’affaire. Les documents révélés durant le procès sont des courriers électroniques privés entre différentes responsables de chez Microsoft et Intel. Rappelons que le procès en question est une class action créée par des consommateurs aux États-Unis très mécontents de ne pas avoir l'interface Aero sur des machines Vista Capable.

Les pilotes WDDM au centre de l'histoire

Tout d’abord, il est important de savoir qu’à l’origine, il n’existait pas de distinction entre des autocollants prévus sur des machines. Un seul était dans les cartons de Microsoft : machine faite pour Vista, avec en sous-entendu l'utilisation sans limitation du système complet, sans limite. L’interface Aero, bien que représentant le sommet de l’iceberg, était clairement lancée comme argument de vente, mais son fonctionnement, comme celui d’autres composants et fonctionnalités, était soumis au pilote graphique.

Et c’est ici que tout s’emballe. Microsoft a développé un nouveau modèle de pilote pour Vista, en particulier pour les cartes graphiques. Baptisé WDDM (Windows Device Driver Model), il était le vecteur de l’accélération graphique des éléments de l’affichage sous Vista. Or, pour qu’une carte graphique dispose d’un tel pilote, elle devait être compatible avec une véritable liste de conditions dont les deux plus importantes étaient :
  • La prise en charge de DirectX 9
  • Le support des Shader Models 2.0
Et là, tandis que Microsoft travaille sur son système d’exploitation, le monde s’écroule pour Intel.

La plus grande partie des machines Intel exclue du programme

vista logosAu moment de cette histoire, les puces graphiques vendues par Intel, estampillées i915, sont extrêmement courantes dans les ordinateurs portables. Et non seulement on retrouve ces puces partout, mais la période future qui s’étend après ne doit pas voir la situation évoluer. Du coup, Intel panique, craignant une chute drastique de son chiffre d’affaires, et une correspondance tendue commence entre le fondeur et Microsoft.

Dell, Sony et Fujitsu avaient déjà demandé à Microsoft de revoir à la baisse les requis pour la création de pilotes WDDM, mais l’éditeur ne voulait pas de compromis sur ce sujet. Quand Intel a fait part de sa vive inquiétude, les choses ont changé. Will Poole, alors l’un des directeurs du développement de Windows, reçoit un courrier électronique de Renee James, vice-présidente à cette époque du Microsoft Program Office chez Intel :

« [le PDG Paul Otellini] pense que vous ne comprenez vraiment pas que presque toutes nos unités de vente pour les cinq prochains mois contiennent du Centrino et de l’Alviso et ne seront donc jamais « Vista ready », et la branche Mobile représente une part énorme de nos ventes et est en augmentation. »

Un consensus chez Microsoft et une colère chez HP

Face à une critique directe du plus gros partenaire historique de Microsoft, la firme se divise et les opinions divergent. Rajesh Srinivasan, l’un des responsables de l’éditeur, indique alors à ses supérieurs qu’Intel pourrait perdre entre 600 et 800 millions de dollars sur les seuls mois de avril et mai 2006 (car Vista était prévu à cette date), puis plusieurs milliards par la suite. Et là, stupeur : il explique également que les revendeurs veulent au moins 80 % de machines « Vista ready » pour le lancement du système et qu’ils risquent de se tourner vers AMD pour y arriver. Intel perdrait alors des parts de marché si les requis techniques du WDDM n'étaient pas rabaissés.

Et puis tout bascule car Microsoft accepte de revoir son programme. À ce moment précis, un autre acteur entre en scène : HP. Le constructeur est en colère car non seulement Intel avait essayé d’atteindre Microsoft par son biais, mais il avait également suivi scrupuleusement les lignes données initialement par l’éditeur. Le changement du programme casse un investissement, et deux courriers révélés au procès montrent la rage qui saisit la firme :

« Vous vous êtes inclinés devant la pression d’un partenaire qui aurait été gêné à la période d’avril à cause d’une ligne de produits qui n’était complètement compatible. Ce même partenaire m’a appelé lundi pour avoir mon aide et renforcer la pression sur vous afin que la décision soit prise : à quoi pensaient-ils ? » écrit un responsable de HP.

Un autre responsable du constructeur exprime sa colère : « La décision que vous avez prise et communiquée a brisé un investissement que nous avons fait consciencieusement pour obtenir un avantage compétitif, en sachant que d’autres acteurs choisiraient de ne pas investir autant que nous l’avons fait pour suivre les requis de votre programme. Je ne peux pas être plus clair en vous disant que vous nous avez non seulement laissé tomber en niant votre engagement de rester fixes sur les requis du WDDM, mais vous avez aussi démontré un manque complet d’engagement face à HP, un partenaire stratégique qui va perdre une grande somme d’argent dans le processus. »

Chez Microsoft, pour ne pas trop bousculer tout le monde, on choisit une solution qui est à mi-chemin entre à peu près toutes les solutions. Les requis WDDM ne bougent pratiquement pas, mais le logo Vista Capable fait son apparition. Mais comme dans un gigantesque marasme consensuel où tous les intervenants font grise-mine, la solution adoptée ne peut en l’état satisfaire pleinement qui que soit.

Les finances d'Intel sont sauves, mais...

Une très inutile couche de complexité s’abat sur l’ensemble du marketing de Vista pour sauvegarder les finances d’un partenaire historique. Chez Microsoft, l’affaire fait grand bruit, surtout chez les développeurs du système, et en tout premier lieu Jim Allchin, alors responsable du projet et co-président de Microsoft. Véritable icône de l’entreprise, l’ingénieur exprime ses regrets d’une telle situation dans un courrier :

« Je suis désolé de dire que je pense que ce plan est catastrophique et qu’il devra être changé. Je pense que nous allons perturber les consommateurs avec le programme « Capable ». Les OEM vont indiquer qu’une machine est « Capable » et les clients vont penser qu’elle pourra faire fonctionner toutes les fonctionnalités de Vista. Maintenant, nous avons un partenaire en colère, Microsoft a détruit sa crédibilité, en même temps que la mienne. »

Le procès continue son avancée, mais il est difficile de dire ce qui en ressortira réellement, car il implique de nombreux acteurs. Il est maintenant clair que ceux qui se sont unis en class action contre Microsoft ont des preuves que l’éditeur était au courant de la perturbation qu’engendrerait le programme Capable. Mais d’autres pourraient tirer leur épingle du jeu au vu des informations révélées. AMD par exemple, puisque les documents révélés indiquent clairement qu’il fallait aider Intel à lutter pour garder ses parts de marché.

Microsoft s’y reprendra certainement à deux fois avant de revoir ses plans. Non seulement la firme a transigé sur l’aspect technique pour une question financière, mais cela a au final gravement affecté l’image de Vista.
Publiée le 18/11/2008 à 11:10 - Source : Ars Technica
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