Le cinéma français aimerait taxer un peu plus encore Orange

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Orange, après avoir déboursé des millions dans le football, espère bien attirer de nouveaux abonnés grâce à son bouquet cinéma nommé Orange Cinema Series. Mais l'ARP, la Société civile des Auteurs Réalisateurs et Producteurs, ne l'entend pas de cette oreille, jugeant les sommes investies par Orange bien inférieure à ses desiderata. En conflit avec le FAI depuis des semaines, l'ARP a cependant vu le CSA, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, signer une convention avec l'opérateur, lui permettant de lancer son offre à partir de demain, sans même avoir clos ses négociations avec les représentants du cinéma français.

L'échec des négociations force le CSA à décider

Orange Cinema Series « En l'absence d'accord entre Orange et les organisations professionnelles du cinéma, le CSA a décidé (...) de fixer d'emblée des minimums garantis pour l'acquisition de droits de diffusion d'oeuvres cinématographiques d'expression originale française et européenne, alors que, dans les cas précédents, ils n'avaient été fixés que plusieurs années après la création de la chaîne » expliquait ainsi le Conseil.

« Ces minimums augmenteront progressivement pour atteindre 3,12 € par mois et par abonné pour les oeuvres européennes et 2,64 € par mois et par abonné pour les oeuvres d'expression originale française dès que le nombre d'abonnés s'élèvera à 3 millions. Ils seront alors identiques à ceux qui ont été négociés entre Canal+ et les organisations professionnelles. »

L'ARP indigné par les clauses du CSA

Pour rappel, Canal+ reverse près de 120 millions d'euros par an afin de développer le cinéma français. Les représentants de ce dernier espèrent obtenir entre 60 et 80 millions d'euros révélait ainsi Le Figaro il y a un mois. Une somme jugée bien trop importante par Orange, précisant que son offre ciné n'avait pas encore récolté le moindre euro, et que seulement 100 000 abonnés sont escomptés en 2009. Un argument qui n'est pas valable selon l'ARP, Orange ayant bien dépensé 200 millions d'euros (par an) pour s'octroyer les droits du foot, sans compter un seul abonné.

Suite à la décision du CSA, qui a donc imposé à Orange de reverser 2,01 € par mois et par abonné au cinéma dans un premier temps (pour un abonnement de 12 €), l'ARP a vivement réagi. « La Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs (l'ARP) a affirmé lundi sa "profonde indignation" face aux "conditions de lancement" par Orange le 13 novembre, d'un bouquet de chaînes de cinéma et de séries, et demandé une reprise rapide des négociations », révélait ainsi l'AFP lundi dernier.

L'ARP veut taxer l'abonnement Internet Orange

Jugeant « insuffisants » les minimums garantis reversés aux professionnels imposés par le CSA, soit à peine 312 000 € si Orange parvient à attirer 100 000 abonnés dans son escarcelle, l'ARP demande tout simplement de prélever une part de l'abonnement, non pas des abonnés Cinéma et Séries, mais du FAI, tout simplement. La société civile demande ainsi « la mise en place d'un pourcentage sur tous les nouveaux abonnements triple-play » d'Orange, et ce dès demain, date du lancement officiel de ses chaînes ciné.

Après la taxe pour compenser la suppression de la publicité sur France Télévision, le FAI doit-il s'attendre à une nouvelle taxe pour financer le cinéma français, qui a bien besoin d'argent pour sortir de nouveaux chefs-d'oeuvre comme Disco 2 et Steak Frite, la suite de Steak ?

« Cela nous fait craindre qu'Orange ne veuille pas être un acteur dans le financement du cinéma français comme le sont les autres chaînes audiovisuelles, alors que sa capacité d'investissement et sa volonté de se lancer dans le cinéma le justifieraient » précise l'ARP.

Orange menace de tout laisser tomber

Et alors que le CSA a imposé à Orange et aux représentants du cinéma de trouver un accord avant le 30 novembre 2009, l'ARP semble bien plus pressé, demandant une audition auprès du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel « dans les plus brefs délais ».

Orange, de son côté, a estimé être « très satisfaits de cet accord [NDRL : avec le CSA] qui est économiquement viable pour notre bouquet de chaînes de cinéma et de séries. » Xavier Couture, le directeur de la division Contenus d'Orange, tenait cependant des propos bien amers la semaine dernière concernant les négociations ratées avec les représentants du cinéma : « Nous nous lançons à peine et notre offre est presque trois fois moins chère ! Si on nous impose des conditions non économiques, nous renoncerons à lancer notre chaîne » vociférait-il à La Tribune.
Publiée le 12/11/2008 à 15:48
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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