Des troubles sur la licence d’utilisation de Google Chrome

Du gaz dans l'EULA 167
google chrome « Il est vivement conseillé de prendre le temps de lire ces Conditions avec attention », alerte Google dans la licence d’utilisation de son logiciel Chrome, navigateur encore tout chaud sorti du four de Mountain View et disponible au téléchargement

Et pour cause. Si à peine lancé le navigateur a déjà fait preuve de ses charmes, spécialement une vitesse époustouflante dans le lancement et l’affichage des pages Web (voir les commentaires), la licence d’utilisation mérite un petit arrêt lecture.

La publicité dans la licence Chrome

Google indique dans ce document juridique, qui vaut « loi » entre l’éditeur et l’utilisateur, que certains de ses services, et donc Chrome, sont financés par la publicité « et sont susceptibles d'afficher des annonces ou des promotions. Ces annonces peuvent cibler le contenu des informations stockées sur les Services, les requêtes formulées à l'aide des Services ou d'autres informations ». De même, « la présentation, les modalités et l'étendue des publicités diffusées par Google sur les Services sont soumises à modification sans avis préalable à votre attention ».

Il s’agit tout simplement d’un marché, très clair dans la tête du navigateur : « Google vous permet d'accéder aux Services et de les utiliser ; en contrepartie, vous autorisez Google à insérer ces annonces sur les Services ». Google n’exclut donc pas d’utiliser le navigateur pour affiner le tranchant de ses outils marketing.

Un filtrage nickel Chrome

Il y a mieux : Google « se réserve le droit de prévisualiser, réviser, marquer, filtrer, modifier, refuser ou retirer tout ou partie du Contenu issu de tout Service. Pour certains Services, Google peut fournir des outils destinés à éliminer par filtrage les contenus à caractère sexuel. Ces outils comprennent les paramètres de préférence SafeSearch ». Une lecture paranoïaque révèle qu’on passe là d’un navigateur neutre techniquement à un navigateur qui fait des choix sur les données affichées, sans doute avec d’excellentes raisons, mais question récurrente : qui contrôle le contrôleur ?

Les contenus créés par les utilisateurs brillent sur Chrome

Google insiste : chaque utilisateur conserve les droits d'auteur vis-à-vis du contenu que vous fournissez, publiez ou affichez via cet outil. Était-il si utile de le rappeler ? Google précise cependant qu’en « fournissant, publiant ou affichant le contenu, vous accordez à Google une licence permanente, irrévocable, mondiale, gratuite et non exclusive permettant de reproduire, adapter, modifier, traduire, publier, présenter en public et distribuer tout Contenu que vous avez fourni, publié ou affiché sur les Services ou par le biais de ces derniers ». Une clause qui s’explique peut-être par le principe même de fonctions de navigateur (reproduire des données téléchargées), mais qui là encore, sous une grille de lecture paranoïaque, révèle un certain malaise.

Cette licence, relativise encore le moteur, a « pour seul but de permettre à Google d'afficher, de distribuer et de promouvoir les Services et peut être révoquée pour certains Services » (la notion de Services englobe celle de logiciel dans la licence Google). En installant le logiciel, vous offrez cependant le droit à Google de rendre ces contenus disponibles « pour d'autres sociétés, organisations ou individus partenaires de Google pour la mise à disposition de services syndiqués, ainsi que le droit d'utiliser ce Contenu en relation avec la mise à disposition de ces services ». Qui sont ces partenaires ? Quelles sont les données qui seront disponibles chez ces entités tierces ?

En occupant le terrain de la recherche, de la publicité, des images, du stockage vidéo, du stockage des livres, des outils statistiques, de la bureautique en ligne, des blogs, de la cartographie, de la messagerie en ligne, du mail, de l’information, etc. ce nouveau tentacule permet à Google d’occuper confortablement le stade du contenant et plus seulement des contenus. Et le moteur aurait sans doute tort de ne pas en profiter…
Par Marc Rees Publiée le 03/09/2008 à 09:32