Le gouvernement veut un web sans publicité pour l'alcool

Laporte grince 150
Questionné par un sénateur sur l’avenir de la publicité sur Internet, le gouvernement, par la voix de Bernard Laporte, a donné quelques précisions... bien incertaines.

Pour mémoire, en février dernier, la Cour d’appel de Paris rendait une décision en faveur de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (Anpaa). La Cour condamnait Heineken.fr et sa campagne de promotion, pour violation de la législation sur la publicité pour l’alcool (Loi Evin de 91). L’explication fut simple : la loi (article L.3323-2 du code de la santé publique) n'autorise la publicité pour l’alcool que sur un nombre très limité de supports (presse écrite, radio, etc.), mais non Internet. L’oubli n’était pas forcément volontaire puisqu’en 1991 Internet était de la science-fiction pour bon nombre de parlementaires.

La décision met à mal toutes les formes de promotions sur Internet, même les sites sur les cépages, les AOC, etc. Sensibilisés, plusieurs sénateurs avaient déposé une proposition de loi visant à autoriser et encadrer la publicité en faveur de l’alcool sur Internet. Et le sénateur Roland Courteau avait demandé au gouvernement s’il comptait épauler ce texte, ou non.

Une interdiction pas si vaste, selon le gouvernement

Réponse de Bernard Laporte, secrétaire d'État chargé des sports, de la jeunesse et de la vie associative : celui-ci, rattaché au ministère de la Santé, indique d’une part que « certains s'inquiètent que toute personne faisant la promotion de l'alcool sur Internet puisse être théoriquement condamnée. J'insiste sur le mot « théoriquement », car il n'est nullement établi qu'une action en justice puisse être engagée contre un site ne réalisant que de la vente en ligne ». Selon le secrétaire d’État, « l'action en justice contre Heineken a été menée par l'ANPAA, l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie. L'ANPAA est une association responsable et il paraît peu probable qu'elle s'attaque au site de vente en ligne d'un vigneron indépendant ou au site de l'office de tourisme d'une région vinicole ». Et quand bien même, « il n'est nullement certain qu'une telle action conduirait à la condamnation de l'exploitant du site ».

La pub pour l'alcool est dangereuse... sur le web

Par ailleurs, le gouvernement estime qu’une libéralisation de la publicité sur Internet représente deux dangers. « D'une part, une libéralisation non strictement encadrée de la publicité en faveur de l'alcool sur Internet profiterait d'abord aux grands groupes industriels producteurs d'alcool, qui disposent de moyens publicitaires très importants, plutôt qu'à la filière viticole. D'autre part, les jeunes, dont nous connaissons la vulnérabilité, et qui sont de grands utilisateurs d'Internet, seraient harcelés par l'ensemble des techniques de promotion telles que les pop-up, les spams et les liens sponsorisés ».

Conclusion : « alors que l'alcoolisation des jeunes est un phénomène croissant, il n'est pas concevable de laisser les publicités en faveur de l'alcool envahir ce média ». Et, afin de prévenir une profusion de contentieux, on promet simplement de mener à bien « une réflexion » sur ce thème avec les acteurs intéressés par ces débats. En attendant, les tribunaux pourront s'en donner à coeur joie.

« Si je comprends bien, votre réponse est négative ! Nous sommes éblouis, mais nous ne sommes pas éclairés ! » a rapidement répondu le sénateur, ivre de doutes sur la qualité de cette réponse. « Selon vous, monsieur le secrétaire d'État, serait-il donc plus dangereux de consulter Internet que d'écouter la radio ou de lire la presse écrite ou les affiches ? Dans le même temps, on peut supposer que les Français auront tout loisir de consulter les publicités émanant des sites Internet des producteurs espagnols, italiens, australiens ou chiliens, sur lesquels ne pèse aucune contrainte. Je cherche une cohérence dans tout cela. Comprenne qui pourra, monsieur le secrétaire d'État ».

La régie publicité de Microsoft fait le ménage

Il reste enfin que, depuis la décision Heineken, c’est le coup de froid sur le web. Comme l’indique le blog Find a Wine, la régie publicité de Microsoft a par exemple envoyé une lettre à ses partenaires pour indiquer que les publicités, par mots clefs ou autres, en faveur de l’alcool seront désormais interdites sur son réseau.

MICROSOFT VIN ALCOOL régie publicité

« Que l’ANPAA reçoive un soutien de la part des régies publicitaires on ne s’y attendait sûrement pas ! C’est donc maintenant les vendeurs d’espaces publicitaires qui prennent les devants pour interdire la promotion du vin sur Internet. Si Google et Yahoo imitent Microsoft comment les vignerons et les vendeurs de vins pourront-ils assurer leur promotion sur le web ? » se demande ce blog de professionnels légitimement inquiets de cette désertification.
Par Maix Publiée le 28/05/2008 à 15:02
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