Tempête de blogueurs autour de Entreparticuliers.com

Quelle liberté pour les blogueurs ? 76
Où s’arrête la liberté d’expression sur internet, où commence la censure ? Le site Entreparticuliers.com n’a guère apprécié le post d’un blogueur, Julien T., titré « entreparticuliers.com » et rangé dans la catégorie « arnaque » de son site personnel, Ralblog.

Dans ce court texte, une quinzaine de lignes, datant d'avril 2007, son auteur, et ancien client, s’estime victime des pratiques commerciales du site immobilier. Furibard, il n’hésite pas à utiliser le qualificatif de « truand » ou « d’arnaque » et soulève plusieurs fronts de contestations. Le blogueur constate par exemple que le site immobilier propose un tarif de base forfaitaire et tout compris à 95 euros qui n’informe pas clairement sur les coûts de publication des photos. Il dénonce également le mécanisme de renouvellement automatique des annonces.

entreparticuliers.com Sur le sujet des photos, l’utilisateur doit avant tout enregistrer son annonce, puis payer ou bien demander à être contacté par une hôtesse pour connaître le tarif d’inclusion. Il n’y a pas de lien depuis la page d’accueil pour avoir l’information directement en ligne. Non payée, une annonce est malgré tout préenregistrée, nous explique Stéphane Romanyszyn, PDG d’Entreparticuliers.com : « Pendant une semaine on place votre offre gratuitement sans mettre vos coordonnés, on stocke les contacts et nous vous envoyons un rapport par mail avec le nombre d’acheteurs potentiels. Libre à vous d’en profiter en validant l’annonce, ou de l’abandonner ». Seuls la validation et le paiement donne droit à connaître ces contacts, un argument idéal pour inciter le chaland à devenir client.

Reste que le message du blogueur s’est répandu comme une traînée de poudre : dans les commentaires, chacun y raconte son expérience de clients (vrais ou prétendus), et plus encore : ainsi début 2008, une certaine Karine se présente comme une ex-salariée de l’entreprise, pour apporter son témoignage de soutien. Au fil des lignes, les termes voleurs, escrocs, bandits, etc. sont aussi proférés, alors que d’autres commentaires sont excellemment positifs, donnant à ce bouillon, un contraste des plus piquants.

Mi-janvier, par lettre recommandée, soit près de 10 mois après le premier message, Entreparticuliers.com réagit enfin et demande le grand ménage : l’article doit être retiré dans les huit jours de la catégorie « arnaque » et la société exige l’effacement des nombreux commentaires et mentions considérés comme diffamatoires (injurieux ou dénigrants).

ralblog

La société demande là l’application de la LCEN, celle qui responsabilise les hébergeurs de données qui restent passifs après avoir été avertis de « propos manifestement illicites ».

Toujours dans ce contexte, elle exige la communication des adresses IP, adresses physiques, et adresses mails de la ribambelle des contributeurs qui se sont déchaînés afin de les identifier. Autant dire, une mission bien difficile pour la quasi totalité des  blogueurs la plupart ne tient pas un carnet répertoriant ces informations. De fait, cette querelle soulève aussi le problème du statut des blogueurs vis-à-vis des commentaires postés.

Entreparticuliers veut enfin que soient prises toutes les dispositions utiles pour prévenir la publication de commentaires diffamatoires à l’encontre du site, de son personnel et de son dirigeant. En clair : fermer ou modérer les commentaires.

Face à cette bourrasque, le dirigeant du site nous confie : « une critique est stimulante, non les noms d’oiseaux ou les allégations (…) les blogs et les forums pourraient être un formidable support pour véhiculer les avis, les opinions et les informations. Malheureusement, ils deviennent des égouts numériques : les consommateurs irascibles, les anciens salariés, aigris, les concurrents en perditions, etc. viennent déverser leur fiel, manipuler, insulter, et en toute impunité et sous couvert d’un lâche anonymat », avant d’ajouter confiant, « on sait ce qui se passe chez nous, on a la culture de la satisfaction du client et on a un indicateur qui nous renseigne que 83 % des annonceurs s’estiment très satisfaits ou satisfaits. »

Malgré tout, la demande, qui va se confronter au délai de prescription de trois mois prévue par la loi de 1881, a fait depuis tâche d’huile. De nombreux blogs et commentateurs prennent fait et cause pour Ralblog, voire recopie l’intégralité de son contenu puisque le retrait est programmé dans une journée. « Ce type de diffamation se réglait sur le pré il y a deux siècles » se souvient Stéphane Romanyszyn. Côté Ralblog, le contenu devrait certes être modifié et les commentaires litigieux effacés, nous a confié Julien, mais celui-ci promet maintenant de reformuler sa prose pour ne s'en tenir qu'aux faits.
Par Marc Rees Publiée le 24/01/2008 à 15:21
Publicité