La Suède invalide son propre vote à l'ISO pour l'Open XML

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drapeau suedeL’avancée de la standardisation du format Open XML ne se fait décidément pas sans heurts. Alors que la France est plongée dans des débats houleux et réfléchirait actuellement à un « Non, avec commentaires », la Suède revient sur son vote dans un retournement de situation qui donne une idée du brouillard opaque qui entoure le processus.

C’est le Swedish Standards Institute lui-même qui est revenu sur sa position en indiquant avoir pris connaissance d’un problème dans la procédure par Microsoft. Tom Robertson, responsable général de l’interopérabilité et des standards chez l’éditeur, indique que le problème a tourné autour d’un employé de la filiale suédoise qui a agi en dehors de la politique fixée par la firme.

Les petites tactiques de Microsoft

Cette personne aurait offert une compensation financière à des alliés de Microsoft pour rejoindre le SIS, qui ne fait payer son adhésion qu’environ 1800 euros. La grande majorité des entreprises inscrites au dernier moment ont voté en faveur de l’Open XML et la Suède a en toute logique donné son accord dans le processus de validation ISO. Mais Microsoft ne s’est pas pour autant excusée de la méthode utilisée.

afnor OOXML ODF Jason Matusow, directeur de la propriété intellectuelle chez le géant du logiciel, précise sur son blog : « Il est vital de noter que l’ajout de membres votant à ce moment-là était complètement autorisé par les règles de l’institut ». Il indique en outre que même si ces règles peuvent être critiquées, elles n’en restent pas moins de véritables règles. Et Microsoft bien sûr d’en profiter, et Matusow d'expliquer que seules deux sociétés s'étaient vues proposer ces fameuses compensations, avant de recevoir une note qui leur demandait de ne pas tenir compte de cette proposition.

Matusow, décidé à ne pas passer pour un esprit maléfique, ajoute que dans la guerre de la standardisation, d’autres acteurs utilisent toutes les méthodes possibles pour parvenir à leurs fins. C’est le cas notamment d’IBM, qui aurait appelé bon nombre des partenaires de Microsoft pour leur demander de voter contre l’Open XML. Il est vrai que la position de Big Blue sur le sujet n’a jamais changé et que la société reste un fervent détracteur du format, au profit de l’ODF (OpenDocument Format).

L'Open XML a de nombreux détracteurs

Andrew Updegrove, qui soutient ce format, a indiqué que les méthodes utilisées par Microsoft rendaient le vote sur l’Open XML crucial pour le futur du processus de standardisation des technologies. Il craint en effet qu’une validation du format pérennise certaines tactiques et porte définitivement atteinte à l’intégrité du processus tout entier.

odf Une position partagée par Marino Marcich, l’un des directeurs de l’ODF Alliance : « Certains commentaires émis par les pays mettent en évidence des défauts d’Open XML. Les gouvernements réfléchiront longtemps après avoir lu ces commentaires et avant d’utiliser le format. »

Vice de procédure et mise à l'écart de la Suède

Quoi qu’il en soit, la raison invoquée par le SIS pour annuler son vote est tout simplement qu’un participant a bénéficié, en conséquence, de plus d’un vote. Microsoft fait certes partie de l’organisme, mais devant la preuve que des sociétés partenaires l’ont aidée dans son choix, le SIS s’est rétracté. Cela permet notamment au SIS d'annoncer qu'il y a eu vice de procédure, et non pas changement de position devant le nombre énorme des critiques. En conséquence, puisqu’il n’est pas possible pour un pays de voter une deuxième fois, la position officielle de la Suède devient l’abstention.

Après l’Allemagne et les États-Unis qui ont approuvé le format, la balance se décale à nouveau vers le « non », puisque pour l’instant seuls ces deux pays ont voté pour, contre quatre pays dans le cas adverse, avec maintenant la Suède en position neutre. Le vote de la France, nation qui reste influente dans bien des domaines, est donc attendu de pied ferme.

Dans la situation actuelle, il faut bien se rappeler que l’approbation de tout projet de normalisation est effective si :
  • Deux tiers au moins des pays votant se sont prononcés favorablement
  • Moins d’un quart des pays ont voté contre la proposition
Puisque les pays qui s’abstiennent ne sont pas comptabilisés dans le vote, la Suède est donc de fait mise à l’écart.

Conséquences d’un possible refus de l'ISO

Le JTC1, le comité technique qui s’occupe de la normalisation de l’Open XML, compte 41 pays participants et 40 pays observateurs, dont vous pouvez consulter la liste complète sur le site officiel de l’ISO. Les conséquences d’un refus de normalisation du format auront des conséquences fâcheuses pour Microsoft, mais pas irrémédiables.

Une réunion de dépouillement du scrutin sera organisée par l’ISO, pendant laquelle l’ensemble des commentaires émis par les pays sera examiné. Chaque pays peut envoyer un ou plusieurs représentants, ce qui est une obligation d’ailleurs pour ceux qui ont voté contre le format, avec commentaires.

Pendant une semaine (prévue en février 2008), Microsoft aura alors la possibilité d’intervenir et de modifier l’ensemble des points nécessaires. Il va se jouer une négociation qui, si elle aboutit, conduira à une éventuelle modification du vote de l’ISO. Mais ce changement ne se fera que si les modifications apportées sont suffisantes pour que les pays soient satisfaits et qu’autant d’avis sur la question soient devenus positifs, les deux conditions citées précédemment restant valables.
Par Vincent Hermann Publiée le 31/08/2007 à 10:53 - Source : Multiple
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