Téléchargement illimité : l'offre Neuf en détail et en question

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Comme prévu, Neuf a confirmé ce matin son offre Neuf Music, service de téléchargement légal et illimité signé avec la plus grosse des maisons de disques, Universal Music. C’est la première fois qu’une telle offre est mise sur pied.

Deux formules seront ainsi proposées dès cette semaine :
  • Neuf Music Initial est incluse dans l’abonnement « 100% Neuf Box », sans aucun supplément de prix. Elle permettra à tous les abonnés (dégroupés ou non, anciens comme nouveaux) de télécharger tous les titres de l’un des neuf genres musicaux proposés au catalogue : variété française, Pop, Rock, Disco/Funk, World, Electro/dance, Rap/Rn’B, Jazz/Blues ou Classique.
  • Neuf Music Optimal sera une formule plus ambitieuse puisque contre 4,99 euros par mois, on pourra télécharger tous les titres musicaux du catalogue Universal Music, ainsi que l’ensemble des vidéoclips du catalogue. La formule est sans engagement de durée.
Dans tous les cas, on pourra profiter d’extraits de 30 secondes, en libre écoute. 150 000 titres et plus de 3 000 vidéoclips attendent ainsi l’internaute, issus de plusieurs labels (Polydor, Mercury, Interscope Geffen A&M Records, Deutsche Grammophon, Barclay, Island Def Jam Music Group, Lost Highway Records, MCA, Motown, Decca, Philips, Verve, Impulse! Records). Ce catalogue sera enrichi « très régulièrement ».

L’offre est réservée aux abonnés Neuf. Les clients haut débit Cegetel, AOL, et très bientôt Club Internet pourront eux aussi souscrire à l’offre 100% Neuf Box en procédant à une simple migration.

neuf music illimité

DRM en question

Concrètement, ce sont les DRM de Microsoft (Play For Sure, sans doute) qui seront mis en avant puisque les titres et vidéo-clips exigeront la présence de Windows Media Player 10 (ou supérieur). Seul l’environnement en Windows sera ainsi à l’honneur. Les morceaux seront téléchargeables sur 3 PC différents et transférables sur autant de lecteurs mp3 ou téléphones mobiles compatibles avec l’environnement sécurisé de Microsoft. Les fichiers téléchargés peuvent être lus autant de fois que l’abonné le souhaite, « tant que son abonnement est effectif, via l’offre 100% Neuf Box ou l’option Neuf Music Optimal ».

Un renouvellement mensuel est exigé, obligeant l’abonné à connecter leurs PC et lecteurs MP3 à Internet une fois par mois pour renouveler la licence. « Ce renouvellement se fait en deux clics et permet la mise à jour simultanée des droits sur tous les titres téléchargés ». Le DRM de Microsoft laisse cependant sur le carreau bon nombre d’utilisateurs étrangers à l’environnement Windows.

Évidemment, un tel choix ne laisse pas de marbre ceux qui rêvaient d’une diffusion sans DRM, d'autant qu'Universal s'intéresse à cette option aux États-Unis. Il aurait fallu ici une certaine dose d’ambition pour proposer à moins de 5 euros une formule permettant de télécharger en un mois tout le catalogue en mp3.

Une pseudo licence globale

« Si je suis élu président de la République, expliquait voilà quelque mois le candidat Sarkozy, il n'y aura pas de licence globale parce que je crois au respect de la propriété de celui qui écrit, compose, tourne, peint, sculpte, et je n'accepterai pas l'idée de vol organisé sous prétexte de jeunisme et de la société de l'information, parce qu'avec ça on tuera définitivement toute forme de création ».

Alliance sondagelicence globale

Par ses usages limités et ses restrictions, cette offre ne se confond pas avec la licence globale, mais s'en approche. Cette licence proposait d’autoriser le partage d’œuvres entre internautes contre le paiement forfaitaire de 6,5 € par mois pour rémunérer chacun des ayants droit. Par devoir de mémoire, on ne peut que se souvenir de l’attitude d’Universal, principal détracteur, pour torpiller la licence globale lors du projet de loi DADVSI.

Au jeu des différences, la mise en commun du bien culturel issu du fonds de la major n'a rien à voir avec le partage universel de la musique qu'implique la licence globale (voir à ce titre l'article de Libération). Aucune donnée chiffrée ne nous aura été communiquée sur le partage des marges entre les deux acteurs. Difficile de savoir combien reviendra finalement aux ayants droit, artistes en tête. Par ailleurs, soulignons que les tractations sont faites sans intervention d’un organisme répartiteur des droits.

Il reste que l’option Neuf Music Optimal, pierre angulaire du système, se rapproche par son niveau économique (4,99 €) des 6,5 euros passés. Du coup, au-delà des restrictions de la licence Universal, on est conduit à se demander si les partisans de la « LG » n’avaient pas finalement raison dans leur choix économique.

Des offres similaires chez les autres FAI ?

La dernière remarque, faite par Les Échos, concerne la concentration verticale entre Universal et Neuf, toutes les deux liées par de nombreux intérêts financiers et boursiers. « Quand une maison mère qui a une position dominante signe une exclusivité avec une de ses filiales, cela ouvre toujours la porte à une distorsion de concurrence », se confie un FAI concurrent chez nos confrères. En théorie, une fois le contrat exclusif passé (six mois selon Les Echos), libre au FAI de s’associer avec d’autres majors et à Universal de proposer un service équivalent chez tel ou tel autre opérateur.
Publiée le 20/08/2007 à 11:09
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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