Steve Ballmer : Linux utilise notre propriété intellectuelle

Le premier qui la ramène se prend une chaise dans la figure 169
Le PDG de Microsoft a décidément un certain don pour appuyer là où ça fait mal. Suite à l’accord étonnant qui a lié récemment la firme de Redmond à Novell, peu de responsables ont commenté la chose en dehors, bien entendu, de la présentation officielle de la situation et des retombées. Il manquait toutefois certains éléments, notamment les raisons qui pouvaient avoir poussé deux concurrents à se rapprocher de cette manière.

L’accord prévoit un certain nombre d’éléments pendant les cinq prochaines années. Les deux plus importants sont :
  • Le versement de 440 millions de dollars de Microsoft à Novell pour l’achat de 75 000 coupons de maintenance par an, permettant à Microsoft de proposer Novell comme solution Linux aux entreprises qui en font la demande
  • Le versement de 40 millions de dollars de Novell à Microsoft pour déployer un parapluie juridique plaçant Novell à l’abri de toute poursuite.
Et c’est bien ce second point qui nous intéresse. Le parapluie a une telle taille que l’on devrait en fait parler de parasol : Microsoft n’engagera aucune poursuite contre Novell et l’ensemble des développeurs payés ou non intégrant du code dans Suse Linux. Tout cela représente en définitive une multitude de projets, y compris Mono, l’implémentation open source du framework .NET.

suse novell Steve Ballmer est en fait revenu sur ce chapitre pour y apporter des précisions très « nuancées ». Lors d’une prise de parole à la conférence Professional Association for SQL Server (PASS), le PDG de la firme de Redmond a expliqué que l’accord avait été motivé par l’utilisation de la propriété intellectuelle de Microsoft dans le code de Linux. Aucun indice par contre sur des exemples précis ou des composants, mais la déclaration n’a évidemment pas manqué de faire bondir les défenseurs du libre.

Le PDG indique en outre « Novell nous verse de l’argent pour avoir le droit de dire aux clients qu’ils peuvent utiliser SUSE Linux en étant protégés de manière appropriée ». Une déclaration qui a fait hausser bien des sourcils, quand ils ne se sont pas carrément froncés. Les propos de Steve Ballmer présentent littéralement Linux comme un système à la limite de la légalité sur lequel l’action généreuse de Microsoft vient remettre les choses à leur place.

Du côté de chez Red Hat par exemple, on s’insurge contre le besoin d’un tel accord entre Microsoft et une société éditant des logiciels libres. Red Hat, principal fournisseur de solutions Linux en entreprises, estime ainsi être pleinement apte à protéger ses consommateurs en cas de problèmes juridiques. La société parle en fait de « taxe sur l’innovation ».

Le blog Groklaw.net, dont le but est de répertorier les problèmes juridiques dans le monde du logiciel libre, s’est également fait l’écho des propos de Steve Ballmer. Pamela Jones, éditrice du site, y exprime un avis tranché selon lequel le PDG de Redmond ne répand finalement que du « FUD » (Fear, Uncertainty and Doubt), c’est-à-dire littéralement de la peur, de l’incertitude et du doute.

Reste à savoir maintenant si Steve Ballmer compte préciser sa pensée en fournissant des exemples de codes utilisant la propriété intellectuelle de Microsoft, ou s’il reviendra nuancer ses propos.
Par Vincent Hermann Publiée le 20/11/2006 à 16:07 - Source : multiples
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