Censure de Google en Chine, réaction officielle de RSF

De quel côté de la muraille doit-on se placer ? 57
Nous indiquions hier que Google, à l’occasion de son lancement officiel en Chine avait accepté de censurer son moteur pour afficher des résultats en concordance avec les vœux des autorités. Pris sous l’étau du respect des "particularités" locales et la nécessité de s’implanter en Chine, le choix avait donc été fait.  Reporters Sans Frontières, qui avait déjà réagi rapidement sur ce dossier en le qualifiant de « honteux », vient de publier un long billet sur ses pages. « Reporters Sans Frontières est écoeurée d’apprendre que Google a décidé de lancer en Chine une version censurée de son moteur de recherche. Désormais, les internautes chinois devront se contenter des contenus validés par les autorités de Pékin. Exit les informations sur le Tibet, la démocratie ou les Droits de l’Homme en Chine. »

chinePour l’organisme de défense de la liberté d’expression, ce lancement marque « un jour noir pour la liberté d’expression en Chine. Alors que cette entreprise défend les droits des internautes américains face à la justice américaine, elle bafoue ceux de ses utilisateurs chinois. Les déclarations offusquées de Google sur le respect de la confidentialité des internautes apparaissent comme un comble d’hypocrisie à la lumière de leur stratégie en Chine. » Face aux difficultés de s’implanter dans un pays et la rigueur des lois et coutumes locales, RSF estime que l’argument fait long feu : « La liberté d’expression n’est pas un principe accessoire, que l’on peut mettre de côté lorsqu’on opère dans une dictature. C’est une valeur reconnue par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et inscrite dans la Constitution chinoise ». On rappelle ainsi que seul Google News était censuré jusqu’à présent. Le moteur chinois hébergé aux Etats-Unis et accessible (www.google.com/intl/zh-CN), n’était pas filtré, un point à saluer puisque Google était l’un des rares à ne pas avoir joué avec une paire de ciseaux.

« En lançant une version n’intégrant pas les contenus "subversifs", l’entreprise facilite le travail de filtrage du Net effectué par Pékin. En effet, un site Web qui n’est pas répertorié par les moteurs de recherche a peu chance d’être trouvé par les internautes. Désormais, même si une publication sur les droits de l’homme n’est pas bloquée par les pare-feu locaux, elle n’a aucune chance de trouver un écho en Chine » critique encore RSF. L’association rappelle que début janvier elle avait publié six propositions pour garantir que les entreprises américaines exercent leur activité de manière éthique :
  • Les services d’e-mail : Les entreprises américaines ne seraient pas autorisées à héberger des serveurs d’e-mail sur le territoire d’un pays répressif.
  • Les moteurs de recherche : Ils ne pourraient plus intégrer de filtres automatiques censurant des mots-clefs dits "protégés". Une liste de ces mots-clefs "protégés" - tels que "démocratie", ou "droits de l’homme" - devrait ainsi être jointe à la loi ou au code de déontologie.
  • Les hébergeurs de contenu (sites Web, blogs, forums de discussion, etc.) : Les entreprises américaines ne seraient pas autorisées à placer leurs serveurs d’hébergement sur le territoire de pays répressifs.
  • Les technologies de censure du Net : Soit, les entreprises américaines ne seraient plus autorisées à vendre aux Etats répressifs des logiciels de censure d’Internet. Soit, ce type de logiciel est toujours commercialisable, mais inclurait une liste de mots-clefs "protégés" qui seraient rendus techniquement impossibles à censurer.
  • Les technologies et équipements de surveillance d’Internet : nécessité d’obtenir une autorisation expresse du département du commerce.
  • Les formations : avant d’engager un programme de formation portant sur des techniques de surveillance et de censure d’Internet dans un pays répressif, les entreprises américaines devraient obtenir une autorisation expresse du département du commerce.
Publiée le 26/01/2006 à 12:03
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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